En 2021 les effets immédiats de la crise sanitaire provoquaient une pénurie qui entravait durablement le secteur du BTP, sans pour autant bloquer l’entièreté du secteur. Tour d’horizon de l’évolution de la situation depuis, pour comprendre à quoi s’attendre en 2022.

La pénurie des matériaux, origines

La crise sanitaire, un détonateur

 

Pour commencer, rappelons les causes originelles de la pénurie des matériaux et ses conséquences immédiates. L’une des causes essentielles de la pénurie est l’écart très important entre la demande pour le BTP qui a explosé et les ressources disponibles pour répondre à cette demande. De fait, un effet immédiat des différents confinements fut de faire exploser la demande dans le secteur du BTP.

La demande des particuliers était en pleine expansion à cause des situations répétées d’enfermement, en raison de la crise sanitaire, une situation qui a agi comme un véritable détonateur pour tous ceux qui envisageaient des travaux chez eux ou qui avaient un plus grand projet, de construction par exemple.

Au détriment de certains secteurs en arrêt partiel ou complet pendant des mois, la restauration ou la culture par exemple, nombre de ménages ont estimé que les économies réalisées signaient le moment opportun pour se lancer dans des travaux. Tous ces facteurs expliquent l’activité nerveuse du bâtiment et de ses professionnels qui ont agité le secteur au paroxysme de la crise sanitaire.

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Une demande saturée

 

Cet écart entre le nombre de projets et les ressources pour les mener à bien s’est depuis en parti rétréci mais n’a pu être tout à fait combler en 2022. Ajoutons que cette tendance à la reprise d’activité bouillonnante était assez généralisée, elle ne concernait pas que la France, ce qui explique en partie la pression qui s’est accumulée sur certaines matières premières. Ainsi, et nous arrivons au sujet qui nous intéresse, le secteur du bâtiment a commencé à s’embourber dans une situation de pénurie des ressources et des matériaux, dont 2022 ne signe pas la fin.

Les causes sont multiples quant à la raréfaction des matières premières disponibles. Il s’agit en vérité moins d’un problème de manque de matières que de désorganisation. Comme on l’a vu, la reprise d’activité du BTP après un arrêt brusque et forcé a été explosive et cela a surpris l’ensemble de ses acteurs. Dans un contexte de mondialisation comme le nôtre, un imprévu dans une filière d’approvisionnement sur un point du globe va impacter très directement d’autres points du globe. La crise sanitaire n’épargnant personne ou presque, le désordre s’est généralisé, jusqu’à créer des bouchons sur la demande. Une fois les filières d’approvisionnement désordonnées, toutes les demandes se sont concentrées et les prix ont grimpé.

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Des matériaux épargnés

 

Cependant les pénuries se sont concentrées sur certains types de matériaux bien souvent. Plusieurs acteurs internationaux ont choisi d’opter pour un réapprovisionnement massif de ressources pour faire face à la demande exponentielle. Le bois, le cuivre, l’acier et même le PVC étaient dans le viseur, ce qui s’est traduit par une envolée des prix de 30 à 50% des ressources, ainsi que par des retards de livraisons des matériaux dont les artisans français font encore les frais en 2022, de manière moins virulente toutefois qu’au plus fort de la crise sanitaire. C’est donc notamment le fruit d’une politique agressive de relance du bâtiment, dopée par des investissements étatiques massifs de la part de la Chine et des États-Unis, qu’on a assisté à un véritable conflit des ressources qui a porté préjudice aux entreprises et indépendants français.

La situation est multifactorielle mais une des causes de la pénurie de matériaux, et plus précisément du bois, est très certainement la politique menée par Donald Trump vis-à-vis du bois canadien. L’ancien président des États-Unis avait en effet décidé de taxer le bois provenant du Canada, jusqu’ici principal fournisseur de son pays. Cette décision a poussé les entreprises américaines à s’approvisionner dans les pays d’Europe, notamment l’Allemagne et l’Autriche, à des prix qu’elles estimaient plus avantageux.

Ce phénomène a logiquement provoqué une raréfaction du bois disponible en Europe, et une augmentation en flèche des prix. Si certains matériaux ont souffert de raréfaction en Europe, d’autres, en conséquence, sont revenus à la mode pour pallier ce problème. C’est ainsi le cas des briques, plus particulièrement de celles à base de terre crue compressée, un matériau quasi inépuisable, écologique et qui revient au goût du jour. L’alliage des pénuries de matériaux et de la mise en application, depuis le 1er janvier 2022, de la Règlementation Environnementale 2020 (RE 2020), a changé la perception de la brique : son faible impact environnemental et sa disponibilité en ont fait un matériau dont la demande est en grande augmentation.

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Une situation multifactorielle

Les prévisions pour 2022

 

En effet partout autour, dans le secteur du BTP, les chantiers coûtent de plus en plus cher. Si les livraisons ont gagné en fluidité, les délais et les prix ne sont absolument pas revenus à la normale. Il faut aujourd’hui deux à trois fois plus de temps pour se procurer un matériau qu’avant la crise sanitaire. Le réel écart se mesure surtout en termes de prix, pour le particulier surtout.

Le prix des chantiers n’a eu de cesse d’augmenter, et c’est le client qui  assume le gros de ce changement, le prix des chantiers est ainsi entre 15 à 25% plus cher qu’en décembre 2020 selon Olivier Salleron, président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB). Les prévisions sur les matériaux pour 2022 étaient donc déjà compliquées malgré des améliorations, mais le véritable problème concerne la flambée des prix de l’énergie. En effet plusieurs producteurs du secteur sont dépendants du prix des énergies, et doivent répercuter ces incertitudes sur le prix de la plaque de plâtre, du lavabo ou encore du radiateur qu’ils produisent. En effet les prix de l’électricité et du gaz semblent bien incertains quant à leur évolution prochaine.

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Une actualité qui a un poids

 

Le conflit russo-ukrainien a évidemment enclenché pour la France une montée des prix du pétrole mais aussi du gaz. Concernant le pétrole, le grand gagnant de la situation semble être l’Algérie qui exporte les quantités manquantes à l’Europe, malgré une montée des prix, aucune pénurie à l’horizon. Concernant le gaz, c’est plus compliqué. La flambée des prix du gaz en Russie est exceptionnelle mais elle ne semble pour l’instant pas atteindre la France, bien au contraire le prix du gaz européen est encore en baisse. Le premier élément rassurant est le fait que la France est dépendante du gaz russe à hauteur de 17% de ses importations, et que face à la potentielle menace de hausse des prix, le gouvernement français brandit depuis plusieurs jours le bouclier tarifaire pour venir en aide aux ménages.

L’idée est d’instaurer une protection couvrant tout le début de 2022, ce qui rend incertain l’évolution du prix du gaz au-delà, pour le reste de l’année. Cependant notre dépendance au gaz russe est nettement moins importante que certains de nos voisins européens, comme l’Allemagne pour qui le gaz russe représente 60% de ses importations. De plus avec le printemps qui arrive la consommation du gaz français va baisser, les besoins en chauffage diminuant. La véritable question se pose plutôt pour la fin de l’année et le retour des températures plus fraîches, les stocks et l’approvisionnement pour cette période sont encore obscurs.

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Les professionnels du BTP, tous impactés

Le contexte influe sur l’évolution de la pénurie

 

Les professionnels du BTP seront donc au même titre que tous les Français impactés par ce contexte de guerre, mais la France s’en tire bien dans la mesure où 40% du gaz européen est importé depuis la Russie et que la France fait partie des moins dépendants. Par ailleurs le prix de l’électricité étant lié au gaz naturel, il aura une légère tendance à suivre l’évolution du prix du gaz, comme on le voit chez nos voisins espagnols qui subissent une hausse historique à cause du conflit russo-ukrainien.

Les évolutions des prix et les risques de pénuries sont donc multifactorielles et dépendent hautement du contexte et de la conjecture. L’actualité viendra rythmer les risques de pénuries de matériaux en 2022, au même titre que l’actualité de 2021 régissait les risques de pénuries et les évolutions des prix des énergies. Nous pouvons ici évoquer la crise que le blocage du canal de Suez par un navire de fret avait provoqué en 2021, entraînant des retards de livraison si importants qu’ils eurent des répercussions pendant des mois sur le secteur.

Les architectes sont aussi impactés

 

Les professionnels du secteur du bâtiment sont nombreux à être secoués par les retards de livraisons et le manque de matières premières, l’activité des artisans est impactée mais aussi celle des agences d’architecture. Le réel problème est mis en lumière par un sondage du Credoc de ce début d’année, qui révèle que près de 80% des appels d’offres lancés par les architectes auprès de diverses entreprises, dépassent les prévisions financières.

Les surcoûts presque inévitables qu’on observe dans les commandes, qu’elles soient publiques ou privées d’ailleurs, sont liées à la crise des matériaux. Dès lors, les solutions qui s’offrent sont soit de mettre en veille ou d’abandonner le projet, soit pour le maître d’ouvrage de s’adapter et de réduire par tous les moyens les coûts du chantier, ou finalement de réaliser le projet malgré les surcoûts. Les externalités de cette situation sont donc aussi une perturbation réelle des chantiers en cours, une difficulté de leur gestion et des retards conséquents.