Pénurie des matériaux : comprendre la situation et savoir réagir en conséquence

 

Depuis le premier confinement, le temps passé à la maison a explosé pour la très grande majorité des ménages. Un besoin de plus confort s’impose pour un grand nombre de personnes, qui voit de plus en plus l’embellissement de son bien immobilier comme un investissement sûr. Cette envie se traduit autant par des rénovations intérieures, par un élargissement d’espace, par des déménagements que par des constructions de nouvelles propriétés. La tendance ne semble d’ailleurs pas s’essouffler depuis la fin du premier confinement.

 

Comme la plupart des secteurs, le bâtiment a dû arrêter son activité sur une période de deux mois, en mars et avril de l’année dernière, accusant un retard certain. Cependant depuis, pour les raisons exposées ci-dessus, les commandes explosent et les calendriers des professionnels se remplissent généreusement. Si de grandes disparités ravagent le secteur et entravent les Très Petites Entreprises (TPE), il reste tout de même l’un des plus dynamiques de l’économie, surtout pour les indépendants et grosses entreprises.

Le premier trimestre 2021 affichait ainsi une hausse d’activité du bâtiment de 4,6% par rapport à l’année dernière sur la même période. Cette grande effusion d’activité ne va cependant pas sans son lot de complications. La dynamique effervescente se voit ainsi freinée en ce moment par des problèmes de pénuries de matériaux, de retards de livraisons et donc de retards sur quelques chantiers. Examinons dès lors, dans l’article suivant, quels sont les impacts sur le secteur du bâtiment, les causes de la situation et quelle attitude adopter en conséquence.

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Un secteur grandement sollicité

 

Comme on l’a vu, les demandes auprès des professionnels du bâtiment explosent. D’un côté les particuliers sont plus enclins à réaliser des travaux chez eux ou à entreprendre des opérations de gros œuvre, de l’autre les chantiers publics se multiplient et les plannings accusent encore le coup du retard amassé durant le confinement. Les conditions sanitaires n’ont pas facilité la reprise d’activité et une certaine désorganisation a pu aussi entraîner des retards en 2020. On rappelle que la demande des particuliers est en pleine expansion à cause des situations répétées d’enfermement en raison de la crise sanitaire, un véritable détonateur pour tous ceux qui envisageaient des travaux chez eux ou qui avaient un plus grand projet, de construction par exemple.

Au détriment de certains secteurs en arrêt partiel ou complet depuis des mois, la restauration ou la culture par exemple, nombre de ménages ont estimé que les économies réalisées étaient le moment opportun pour se lancer dans des travaux. Tous ces facteurs expliquent l’activité nerveuse du bâtiment et de ses professionnels. Mais le tout ne va pas sans son lot de difficultés, et entre demande explosive et désordre il n’y a parfois qu’un pas. Ajoutons que cette tendance à la reprise d’activité bouillonnante est assez généralisée, elle ne concerne pas que la France, ce qui explique en partie la pression qui s’accumule sur certaines matières premières.

Ainsi, et nous arrivons au sujet qui nous intéresse, le secteur du bâtiment commence à s’embourber dans une situation de pénurie des ressources et des matériaux. Les causes sont multiples quant à la raréfaction des matières premières disponibles. Il s’agit en vérité moins d’un problème de manque de matières que de désorganisation. Comme on l’a vu, la reprise d’activité du BTP après un arrêt brusque et forcé a été explosive et cela a surpris l’ensemble de ses acteurs. Dans un contexte de mondialisation comme le nôtre, un imprévu dans une filière d’approvisionnement sur un point du globe va impacter très directement d’autres points du globe. La crise sanitaire n’épargnant personne ou presque, le désordre s’est généralisé, jusqu’à créer des bouchons sur la demande. Une fois les filières d’approvisionnement désordonnées, toutes les demandes se sont concentrées et les prix ont grimpé.

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Premier arrivé, premier servi

 

Plusieurs acteurs internationaux ont choisi d’opter pour un réapprovisionnement massif de ressources pour faire face à la demande exponentielle. Le bois, le cuivre, l’acier et même le PVC semblent dans le viseur, ce qui se traduit par une envolée des prix de 30 à 50% des ressources, ainsi que par des retards de livraisons des matériaux. C’est donc notamment le fruit d’une politique agressive de relance du bâtiment, dopée par des investissements étatiques massifs de la part de la Chine et des États-Unis, qu’on assiste à un véritable conflit des ressources qui pourrait bien porter préjudice aux entreprises et indépendants français.

La situation est multi-factorielle mais une des causes de la pénurie de matériaux, et plus précisément du bois, est très certainement la politique menée par Donald Trump vis-à-vis du bois canadien. L’ancien président des États-Unis a en effet décidé, l’an passé, de taxer le bois provenant du Canada, jusqu’ici principal fournisseur de son pays. Cette décision a poussé les entreprises américaines à s’approvisionner dans les pays d’Europe, notamment l’Allemagne et l’Autriche, à des prix qu’elles estimaient plus avantageux. Ce phénomène a logiquement provoqué une raréfaction du bois disponible en Europe, et une augmentation en flèche des prix.

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Une situation multi-factorielle

 

On se doit aussi d’analyser un autre facteur : l’envolée du prix du fret maritime. Depuis le début de la crise sanitaire, le nombre de conteneurs disponible ne suffit plus et leur pénurie entraîne une irrépressible flambée des prix. Les firmes européennes sont les premières à en subir les conséquences et de nombreux industriels et économistes tirent la sonnette d’alarme. Ainsi à la fin de ce mois de juillet, les prévisions annoncent une hausse du prix des importations depuis les États-Unis de 2% plus chères, tandis que les importations depuis la Chine coûtent déjà 6% plus chères depuis la fin d’avril. En fait de très nombreux porte-conteneurs et leurs conteneurs sont bloqués dans des ports partout autour du monde en raison de leur soumission à des normes sanitaires strictes de décontamination, ce qui entraîne un manque de conteneurs pour les échanges depuis la Chine.

Parmi ces exportations on retrouve beaucoup d’échanges de matières premières. La conjecture s’est d’ailleurs envenimée à la suite de bloquage du Canal de Suez du 23 au 29 mars dernier, un événement qui commence à dater mais dont les répercussions économiques vont perdurer à cause des retards entraînés.

On l’a dit, le bois est la première ressource en difficulté, mais les autres ne sont pas en reste. La vague de froid historique qui s’est abattue au Texas en février 2021 a ainsi provoqué des coupures d’électricité répétées, perturbant ainsi les chaînes d’approvisionnement mondiales de nombreux biens de consommation. Le plastique est concerné puisque de grands sites pétrochimiques ont dû fermer leurs portes le temps que la température remonte. Le cours du PVC aurait ainsi doublé par rapport à l’année dernière. On estime que certains sites remettraient des mois avant leur complète remise en service, on voit donc qu’un évènement épisodique a des conséquences sur le long terme et à l’échelle internationale. Finalement, le 15 mai dernier, une explosion mortelle frappe une des grandes usines chimiques allemandes, impactant aussi le monde des mélanges chimiques du bâtiment (peintures, adhésifs, couleurs…). Comme on le voit donc, la pénurie des matériaux est le fruit d’un processus multi-factoriel.

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Quelle attitude à adopter en tant que particulier français ?

 

La situation est loin d’être catastrophique bien évidemment mais certaines régions semblent en subir les effets de plein fouet : la Dordogne et la Bretagne en première ligne. La situation doit rester sous contrôle et c’est le défi des semaines à venir. La Fédération Française du Bâtiment demande en conséquence une intervention étatique pour limiter l’impact de la hausse des prix sur le marché. Ce nouvel enjeu ne saurait encore être tout à fait négatif pour les professionnels du bâtiment, mais un suivi sérieux de la situation s’impose dans les mois à venir. Certains groupes français ont d’ailleurs très bien su tirer leur épingle du jeu et profiter de cette tendance.

Ainsi le géant de la distribution Saint Gobain s’est engouffré dans l’explosion de la demande des rénovations de logements et l’utilisation du bois, pour racheter l’enseigne Panofrance, spécialiste de bois et de panneaux de construction, une décision très récente. Malgré ce contexte de pénurie de matériaux, la demande de rénovations ne faiblit pas, surtout dans les régions de Bretagne et de PACA, et elle est épaulée par une demande importante de logements neufs auprès des promoteurs. Ainsi, pour vous qui souhaitez réaliser des travaux, n’hésitez pas à activer la démarche rapidement pour ne pas souffrir de retards sur vos livraisons et sur la tenue globale de vos chantiers.

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Pour conclure, les entreprises de construction, de distribution de matériaux et les Travaux Publics seront inévitablement affectés par la pénurie de matériaux. Il s’agit déjà d’une hausse du prix qui va affecter la demande des particuliers qui ne va pas pouvoir suivre cette flambée, mais surtout des retards de livraisons qui épuisent tout le secteur. À raison d’un soutien économique de l’État et de l’Europe pour le secteur, et d’une demande qui ne faiblit pas, la situation devrait être rétablie d’ici quelques mois maximum. Ces différentes gênes ne semblent pas destinées à s’envenimer plus que cela, les particuliers sont donc appelés à ne pas être refroidis dans leurs projets.